Vélib’ à Asnières : évitons de dérailler !

Le Vélib : vélos en libre-service
Le Vélib : vélos en libre-service

A l’heure où les Asnièrois ont clairement exprimé le choix d’impulser une politique écologique au scrutin du 7 juin 2009, c’est un revers pour le développement durable qui vient de s’annoncer.

En effet, on apprend dans le journal municipal Asnières Infos du mois de mai 2009, en page 15, que le projet Vélib est abandonné.

Cela nous a conduit à mener une nouvelle étude comparative des politiques publiques locales (voir, pour la description de notre méthode d’analyse : le benchmarking politique) en s’intéressant au système Vélib’ développé dans les autres communes.

Impossible de mettre en place un système Vélib’ à Asnières dit-on en mairie ? C’est ce que nous allons voir.

Retour sur un projet qui vient de dérailler.

Paris, Saint-Denis, Aubervilliers, Levallois, Pantin, Boulogne-Billancourt, Suresnes, Neuilly… la liste est longue, mais Asnières n’y figure pas.

Cette liste est celle des communes ayant, ou allant installer des stations Vélib’ (vélos en libre service) sur leur territoire.

Tout dernièrement, c’est la ville de Clichy-la-Garenne qui vient d’ouvrir de nouvelles stations et Puteaux qui annonce la mise en place de ce système pour cet été.

A Asnières, on lit en page 15 du magazine Asnières Infos du mois de mai 2009 que “le Vélib’ se limite à la très proche banlieue”, en raison d’un arrêt du Conseil d’Etat du 11 juillet 2008 qui aurait fixé “l’extension du système Vélib’ à une couronne de 1,5 km autour de Paris”. En conséquence, nous explique la mairie, le Velib’ est mort-né à Asnières.

Pourtant, l’implantation d’un système Vélib’ sur Asnières est bien possible.

Il est non seulement possible (1), mais souhaitable (2).

(1) Pourquoi le Vélib’ est possible à Asnières

  • La décision du Conseil d’Etat (11 juillet 2008)

Le marché passé par la ville de Paris pour l’exploitation de ses espaces publicitaires et la mise à disposition de vélos en libre-service a été conclu le 27 février 2007 avec la société Somupi, contrôlée par JC Decaux. Ce marché a permis la création dans Paris intra-muros d’un réseau de vélos en libre-service, inauguré le 15 juillet 2007.

Fin 2007, la ville de Paris et la Somupi ont décidé d’étendre le maillage du réseau Vélib aux communes voisines par la signature d’un avenant prévoyant une extension du système à 1500 mètres au-delà du périphérique parisien.

Saisi avant la signature de l’avenant par Clear Channel, société concurrente évincée du marché, le tribunal adminsitratif de Paris a annulé, le 2 janvier 2008, la délibération du Conseil de Paris du 19 décembre 2007 qui autorisait le maire de Paris à signer l’avenant, estimant que celui-ci constituait un nouveau marché qui aurait dû faire l’objet d’une mise en concurrence.

Contestant cette argumentation, la ville de Paris avait introduit un pourvoi en cassation devant le Conseil d’Etat.

Dans sa décision du 11 juillet 2008, la plus haute juridiction administrative a, contrairement à ce que préconisait son commissaire du gouvernement, donné raison à la ville en annulant l’ordonnance de première instance.

Que dit exactement le Conseil d’Etat ? (lire la décision en cliquant sur ce lien)

Il ne dit absolument pas que le système Vélib’ doit être limité à une extension de 1500 mètres au délà de Paris, contrairement à ce qu’affirme la municipalité d’Asnières, qui use de ce raccourci erroné pour enterrer le projet.

Les sages du Palais Royal ont conclu que l’extension à 1500 mètres prévue dans l’avenant n’avait pas pour effet de “boulverser l’économie du marché”. Cela ne veut pas dire qu’au-delà de 1500 mètres, l’économie du marché conclu entre la ville de Paris et la société Somupi aurait été boulversée.

Autrement dit, le Conseil d’Etat n’impose aucune limite maximale géographique pour pouvoir étendre le Vélib au-delà de Paris. Pour lui, l’écart de 1500 mètres constitue un indice lui permettant d’apprécier si l’économie générale du marché s’en trouve boulversée. En l’espèce, il conclut que non.

  • Les implantations Vélib dans les communes d’Ile-de-France

Voici la carte des implantations Vélib’ (ou cliquer sur ce lien):

Implantations des Vélib' en Ile-de-France

Implantations des Vélib' en Ile-de-France

Il suffirait de négocier un nouvel avenant pour étendre le système à Asnières, car, encore une fois, la limite de 1500 mètres se trouve dans l’avenant, et pas dans la décision du Conseil d’Etat.

Bref, l’argument de la mairie d’Asnières ne tient pas : un système Vélib’ est bien possible à Asnières.

  • Les différentes formules pour implanter le Vélib’ à Asnières-sur-Seine

L’implantation Vélib’ est complexe, tant sur le plan juridique que financier, ne serait-ce parce que le contrat Decaux lie l’exploitation du système à l’affichage publicitaire sur le mobilier urbain. De plus, toutes les communes n’ont pas les mêmes besoins : il est clair que ceux d’Asnières ne sont pas les mêmes que ceux de Paris.

Dans ces conditions, quelles sont les formules possibles pour implanter les Vélib’ sur Asnières?

Première formule : c’est la ville de Paris qui finance l’extension (installation et gestion des stations et vélos). En contrepartie, Paris perçoit les recettes supplémentaires : abonnements des utilisateurs (29 euros/an) et frais de consommation (le système est payant au-delà de 30 minutes d’utilisation).

Deuxième formule: “l’option recettes” pour les communes qui voudraient en prendre le risque : la collectivité s’engage alors à hauteur de 30% des frais d’installation et de gestion mais récupère en contrepartie 30% des recettes.

Les communes d’Ile-de-France qui ont déjà implanté des Vélib’ ont dû choisir entre l’une ou l’autre formule.

Troisième formule : C’est la plus complexe, mais pas impossible. La ville d’Asnières peut très bien passer un appel d’offre avec Decaux ou un autre prestataire. Il faudra alors que les Vélib’ asniérois et les Vélib’ parisiens soient techniquement compatibles entre eux. Difficile, mais pas impensable.

Quatrième formule : Il s’agit d’intégrer le “grand plan vélo” lancé par le Président du Conseil Général des Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian. L’idée est d’investir dans des structures d’abris protégés, surveillés et payantes (les Vél’Abris 92), tout en accroissant le nombre de pistes cyclables sur le département. Les Vél’Abris 92 seront implantés à proximité des gares, des stations de RER ou des zones commerçantes. Coût estimé : entre 70 000 et 80 000 euros par abri, hors foncier (coût supporté en grande partie par le Conseil Général).

Voici ce que pourrait donner un Vél’Abris 92 à Asnières, devant la gare :

Une station Vél'Abris 92 devant la gare d'Asnières - Projection

Une station Vél'Abris 92 devant la gare d'Asnières - Projection

(2) Pourquoi les Vélib’ sont souhaitables à Asnières-sur-Seine

Il n’est pas utile d’enfoncer le clou.

Les Asniérois, tout comme l’ensemble des Français, ont exprimé un choix clair lors du scrutin du 7 juin dernier: vivre dans un environnement plus sain, plus respectueux de la planète, imposer au politique la condition du développement durable dans l’élaboration de ses choix.

Le développement du vélo en libre service est bien entendu une mesure intelligente et concrète de participation à l’amélioration du développement durable.

Beaucoup d’Asniérois laisseraient bien volontiers leur automobile pour se rendre à Saint-Lazare ou à la Défense. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute.

Dans ces conditions, nous ne pouvons que regretter plus fortement l’abandon du projet Vélib par la nouvelle municipalité.

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15 réactions à “Vélib’ à Asnières : évitons de dérailler !”

  1. Nicolas
    10 juin 2009

    Merci à Vincent pour sa collaboration dans cette note

  2. benbenoit
    10 juin 2009

    nico t tro fort tecris des romans tu va aller loin dici 2020 tu pren la place a ton homonyme

  3. benbenoit
    10 juin 2009

    super site vive le velib

  4. Nicolas
    10 juin 2009

    Cher BenBenoit (?),

    N’exagerons rien; mais merci pour le compliment.

    Je souhaite juste ajouter un détail qui a son importance : le projet Vélib faisait partie des promesses de campagne de Sébastien Pietrasanta.

  5. Asnièrois
    11 juin 2009

    Excellente analyse qui reflète parfaitement le souhait de nombreux asnièrois de pouvoir bénéficier de ce moyen de déplacement, économique, pratique, écologique et bon pour la santé…

    Il semble que nos élus aillent à contre-courant de “ce qui marche” partout en Ile de France, mais c’est peut-être une manière particulière d’éxister autrement ?!!

    Je voudrais profiter de l’occasion qui m’est donnée, d’ajouter à la remarque pertinente de Nicolas, que le Vélib se doit d’arriver enfin à Asnières, mais qu’il doit être accompagné absolument par une augmentation importante du nombre de places de parking (où placera-t-on les parcs à Vélib si les voitures et les motos encombrent les trottoirs ?
    Plus grave encore, comment pourra-t-on se déplacer à pieds dans les rues d’Asnières ?) en surface ou souterrains.

  6. Nicolas
    15 juin 2009

    En raison d’un problème technique, des commentaires que j’ai reçus n’ont pas pu être publiés.
    Je vous prie de bien vouloir m’en excuser.
    Vous pouvez de nouveau publier votre commentaire, ou, si un nouveau problème apparaît, m’envoyer vos réactions à mon adresse email personnelle : ncellupica@gmail.com

    Merci.

  7. Lilou
    15 juin 2009

    je préfererais le velib aux vélos de devedjian car au moins on pourra allez jusque dans paris mais pas avec vel’abris 92 !

  8. [...] de nouveaux chantiers en faveur de l’environnement doivent être impulsés : les Vélib’ à Asnières en tant que priorité, mais il y a bien d’autres dossiers à [...]

  9. Bernard
    16 juin 2009

    Pouvoir se rendre à Vélib dans les nombreux immeubles de bureau présents à Asnières serait indéniablement un plus, aussi bien pour les employés que pour les clients et aussi pour inciter de nouveaux investisseurs à installer leur activité

  10. Nicolas
    17 juin 2009

    Cher “Asniérois”, Cher Bernard, Cher Lilou

    Merci pour vos commentaires.

    Concernant la remarque de l’”Asniérois“, celle-ci est tout à fait juste : il ne peut y avoir de projet Vélib’ à Asnières sans la création parallèle de places de stationnement. En effet, la création de stations Vélib’ supprime mécaniquement des places de parking : c’est ce qui s’est passé à Lyon avec les Vélov’ ou à Paris avec les Vélib’.
    Or, on connait le problème du stationnement à Asnières. Le projet asniérois de Vélib’ doit donc s’inscrire dans une réforme globale

    Concernant l’analyse de Bernard, elle est également très pertinente : il existe de nombreux sièges sociaux de grandes entreprises ou des sociétés plus petites sur Asnières. Je disais qu’il ne faisait aucun doute que beaucoup d’Asniérois qui vont quotidiennement à St Lazare ou à la Défense opteraient bien pour la solution Vélib’ pour s’y rendre. Il est en de même, bien entendu, pour les employés qui travaillent à Asnières. De plus, et comme Bernard l’explique, cela contribue à améliorer la qualité de vie des Asniérois, l’image de notre ville ; bref, “à inciter de nouveaux investisseurs à installer leur activité” sur Asnières.

    Concernant la remarque de Lilou, je partage également ce point de vue.

  11. [...] Dans une précèdente note, nous expliquions pourquoi nous souhaitions le Vélib’ à Asnières et pourquoi celui-ci est possible sur notre ville. [...]

  12. [...] Pour davantage de détails techniques, notamment les solutions proposées au maire socialiste, je vous invite à consulter le blog Asnières Avenir: http://asnieresavenir.fr/2009/06/10/velib-a-asnieres-ca-deraille/ [...]

  13. jbvalent
    24 juin 2009

    “On se rend compte facilement que des communes aussi éloignées, ou plus éloignées de Paris qu’Asnières ont implanté des Vélib sur leur territoire : Saint-Cloud, Suresnes, Fontenay-sous-Bois, Saint-Maurice…”

    Plus eloignees… J’aimerais vous rappeler que le Bois de Boulogne et le Bois de Vincennes font partie de Paris. Donc TOUTES les communes presentees sur la carte sont limitrophes de Paris. Eh oui!

  14. Nicolas
    24 juin 2009

    Cela est tout à fait vrai.

    En conséquence, je prépare un nouvel article pour prendre en compte cet élément.

    Bien à vous,

  15. Annie
    10 août 2009

    Bonjour,
    Un élément important qu’il faut absolument intégrer dans le projet, c’est la prise en compte par les mordus de l’automobile des désirs légitimes des autres de vivre autrement. Moins vite peut-être mais tout ausi efficacement.
    Je ne compte plus les conducteurs qui me dépassent très près de mon vélo, vite,vite…et que je retrouve au feu rouge, attendant comme moi; ils ont toutefois l’impression d’aller plus vite;l’autre jour, l’un m’a demandé à son volant pourquoi je me fatiguais à pédaler alors qu’il y avait des bus si je n’avais pas de voiture !
    Il nefaut pas ignorer, hélas, que certains mordus de l’automobile veulent nous dénier le droit d’être sur leur territoire, à savoir la route, et qu’un travail d’éducation, de prise de conscience et de respect est à faire pour que l’on puisse co-habiter en toute sécurité.
    Les pistes cyclables sont constamment encombrées de véhicules à l’arrêt, certains piétons même trouvent anormal de s’arrêter à un feu pour laisser passer un vélo comme ils le font pour une automobile ou un deux roues à moteur.
    Il y a un gros travail d’information à faire je crois.
    Ces réflexions proviennent de ma pratique personnelle.
    AH, j’oubliais la sécurité ou un pan de la sécurité: la semaine dernière, avenue d’Argenteuil,au niveau du 39, en plein après-midi, j’ai eu la surprise de me faire voler la selle de mon vélo. Y’a pas de petit profit!
    Donc, j’ai racheté une selle et un anti-vol de selle de vélo;c’est conçue pour, je ne savais pas. Pour faire du vélo en ville et ne pas rentrer à pied avec le cadre sur l’épaule, il faut donc avoir l’antivol du vélo, les antivols des roues du vélo et l’antivol de la selle.
    Je ne suis toutefois pas amère car j’ai participé avec mes achats divers à la relance de l’économie, chez un petit commerçant bien entendu. Faut défendre le petit commerce.
    Et celui qui vole, c’est qu’il a besoin, dit leproverbe.
    Mes vieux souvenirs de charité chrétienne m’empêchent toutefois de dire à mon voleur de selle de vélo………que je lui mettrais bien un bon coup de pompe aux fesses si je le tenais!!!!!!!
    Bonnes vacances à tous,
    Annie

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